Vanessa Ayers, poussée par le sport | Alliance Sport-Études

Vanessa Ayers, 18 ans, poursuit ses études en Techniques juridiques au Collégial du Séminaire de Sherbrooke tout en pratiquant le lancer du poids et le lancer du disque. À la fin de cette année scolaire particulière, l’étudiante-athlète originaire du Bas-Saint-Laurent raconte son parcours en toute franchise.

Le sport a toujours dicté ma vie. Quand j’étais en cinquième secondaire, à Pohénégamook, mes parents, qui étaient séparés depuis déjà deux ans, avaient de nouveaux défis. Ma mère, avec qui j’habitais, a quitté notre village pour aller en ville. Je ne pouvais pas la suivre si je voulais continuer de m’entraîner avec mon club, Les Vaillants, et j’ai donc quitté le nid familial. À 16 ans, je suis partie de chez moi.

À ce moment, je travaillais déjà depuis quelques années à la pharmacie Gabrielle Ouellet à Rivière-Bleue. Gabrielle et moi sommes très proches depuis que nous travaillons ensemble, nous sommes devenues de bonnes amies et c’est une personne très chère à mes yeux. Lorsqu’elle a vu que j’arrivais un peu au bout de mes ressources, et ne voulant pas que je déménage complètement seule n’importe où, elle m’a fait une place dans son appartement. Pendant cette année, j’arrivais à concilier études, sport et travail avec une patronne consciente de mes engagements et en me soutenant au max !

Ensuite, la dernière année a été remplie de changements.

J’ai toujours été vraiment sportive. Tout au long de ma vie, j’ai joué au soccer, j’ai fait de la natation, même de la danse. En 2012, j’ai connu l’athlétisme et je m’y concentre exclusivement depuis 2019. J’ai commencé à lancer parce que je voulais faire comme ma grande sœur, Cassandra, qui performait déjà beaucoup, dans la catégorie cadette, particulièrement au lancer du marteau. Je la trouvais impressionnante et je voulais lui ressembler. J’ai lancé le marteau aussi jusqu’aux Jeux du Québec 2018, mais j’ai arrêté pour me concentrer sur le poids et le disque, deux épreuves que j’aime particulièrement.

D’ailleurs, j’ai encore le sourire quand je repense à ma première participation aux Jeux du Québec de 2016, où ma sœur et moi avions toutes les deux remporté des médailles.

J’aime le poids, car il est une épreuve assez méconnue. En athlétisme, les gens n’aiment pas ça en général. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus impressionnant. Ça ne va pas aussi loin qu’un disque, qu’un javelot ou qu’un marteau et c’est difficile à lancer ! Je me suis vite développée pour cette épreuve-là et j’ai vraiment aimé ça rapidement.

Le sport est vraiment libérateur et, en plus, je fais un sport de puissance, alors je peux vraiment tout mettre là-dedans et juste oublier le reste.

Comme tous les autres athlètes, j’ai été confrontée à un défi tout à fait inattendu cette année : le coronavirus. Le confinement, ç’a été vraiment difficile. Pendant les deux premières semaines, je suis retournée à Rivière-du-Loup, chez ma mère, et je n’ai rien fait. Pour une spécialiste du lancer du poids, disons que c’était impossible de s’entraîner à l’extérieur en plein mois de mars, et les installations intérieures étaient fermées.

Voyant que le confinement perdurait, j’ai commencé le conditionnement physique pour garder la forme avec ma mère. J’ai seulement pu recommencer à pratiquer à l’extérieur à partir du 21 mai.

Mon plus gros objectif à court terme demeure de participer aux Jeux du Canada en 2021. Même si ce ne sera pas si simple de l’atteindre, c’est ce que je veux faire et j’y crois.

Comme je disais, ç’a été une grosse année de changements. D’abord, je voulais vraiment m’entraîner à Sherbrooke parce que je trouve que c’est une belle place et je connaissais le coach, Luc Lafrance.

Et je voulais étudier en Techniques juridiques. Le programme n’existe pas au Bas-Saint-Laurent, mais il y avait une bourse de déplacement pour aller au Collégial du Séminaire de Sherbrooke. Tout s’est donc emboîté et je suis partie.

Je priorise toujours mes études et l’Alliance Sport-Études m’aide vraiment beaucoup. Les professeurs sont vraiment conciliants envers les athlètes. Ils sont ouverts et m’encouragent. Quand je suis en compétition, je peux vivre le moment et faire un rush d’études ensuite.

J’aimerais vraiment devenir avocate et aller à l’université, mais j’ai décidé de faire le programme de Techniques juridiques parce que je ne savais pas si j’allais encore vouloir aller à l’école après celui-ci. Si j’ai envie de prendre une pause, au moins, j’aurai un diplôme dans un domaine qui m’intéresse.

Je suis sensible à la question du racisme systémique qui fait l’actualité ces derniers jours. Étant moi-même Noire, je trouve ça dommageable que certains jugements se fassent par rapport à nous avant même d’avoir pu démontrer qui nous sommes vraiment. La couleur de notre peau ne change en rien la personne que nous sommes, la personnalité que nous avons.

Je me souviens, l’année passée, je revenais d’un camp d’entraînement en Colombie-Britannique avec mon entraîneur Maxime Bélanger. Pour prendre l’avion, il n’y avait que des Blancs dans la file. Il y a eu une fouille aléatoire et c’est moi qu’on a choisie : la fille de 17 ans, spécialiste du lancer du poids, Noire. Honnêtement, peut-être que c’était réellement aléatoire, mais c’est un drôle de hasard. Voyant cela, je comprends pourquoi les minorités visibles se sentent constamment opprimées.

Avec les récents événements, c’est là qu’on se dit que c’est vraiment le temps qu’on en parle. Il faut juste que tout le monde se lève et en discute et c’est comme ça qu’on va changer les choses.

Dans le sport, ça n’a jamais été un problème. En athlétisme, il y a des athlètes de toutes les couleurs et c’est ce qui fait de lui un sport tellement inclusif. Tout le monde est respecté pour la personne qu’il est, pour les performances qu’il fait, pas à cause de sa couleur !

Si quelqu’un a des questionnements, je vais toujours être prête. Si les gens sont ouverts à en discuter avec beaucoup de respect et sans jugement, je suis là pour en parler avec eux. J’ai toujours été comme ça.

Pour ce qui est de mon orientation sexuelle, en compétition, personne ne le sait et tout le monde s’en fout. On est là pour compétitionner et ça finit là. Des commentaires homophobes dans le sport, personnellement, je n’en ai jamais eus.

J’ai donné, il y a deux semaines, une conférence sur l’homosexualité. Je pense que ç’a été apprécié en général et que ç’a permis d’ouvrir certains horizons sur la situation que vivent les gens gais dans le sport.

Ceux qui ont écouté étaient eux-mêmes ouverts et prêts à faire des changements. C’était des entraîneurs, des athlètes, qui cherchaient à comprendre comment réagir devant un athlète qui va faire son coming out ou qui s’affiche ouvertement.

La société évolue, mais c’est encore beaucoup tabou et incompris. Je trouve qu’il n’y a pas assez de leaders qui vont vers ça et qui en parlent ouvertement. La plupart ont peur de se faire interpeler et n’osent pas trop parler.

Mais des gens prêts à échanger et respectueux, il y en a beaucoup plus qu’on pense.

Propos recueillis par : Sportcom