William Emard : quand tout part en vrille | Alliance Sport-Études

Sportivement parlant, William Emard a été étincelant aux récents Championnats du monde de gymnastique artistique. Septième aux anneaux et huitième à la finale de la table de saut ainsi qu’au concours complet individuel, il a réalisé des premières pour un athlète canadien. Malgré de tels résultats, l’étudiant-athlète trouve sa satisfaction ailleurs.

« Oui, je suis huitième au monde, septième aux anneaux et premier Canadien à avoir fait cette finale aux Championnats du monde, mais au-delà de ça, ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi ce que j’ai fait après un mois difficile », explique-t-il en entrevue.

« Entre passer de « je vais me planter aux Championnats du monde » à « j’ai fait l’histoire aux Championnats du monde », il y a un petit écart. Juste ce step-up là et la façon que je l’ai fait, c’est ce qui me rend le plus fier ! »

Retour sur les derniers mois qui ont été passablement compliqués pour le Lavallois.

Une confiance fragile

À ses participations à deux Coupes du monde au début de l’automne, William Emard voyait que deux piliers de sa vie étaient secoués. Il avait rompu avec sa copine de longue date et arrêté ses études car le programme dans lequel il était inscrit ne correspondait pas à ses goûts.

« Je me suis retrouvé à juste faire de la gym, ce que je n’avais jamais vécu, car j’ai toujours eu quelque chose d’autre à côté. Ça m’a fait peur et j’ai eu des moments de panique. C’est bizarre, mais de ne pas savoir ce que je planifiais pour le futur me figeait et m’empêchait d’être concentré dans le présent. »

En conséquence, il a qualifié son entraînement préparatoire aux mondiaux de « très moyen ». Et c’est à ce moment qu’il a commencé à se déprécier et à se mettre beaucoup de pression. Trop de pression, en fait.

Cette spirale négative, sa préparatrice physique l’avait bien vue et elle a décidé d’aborder de front le sujet avec lui.

« Nous nous sommes assis au milieu de la salle et nous avons juste parlé. Elle m’a suggéré de me retirer de tout, d’aller à mon chalet et de couper les réseaux sociaux pendant trois jours pour être juste connecté avec moi-même et mes pensées. C’était une proposition à l’inverse de ce que l’on fait normalement lorsque l’on se prépare pour des Championnats du monde. »

L’étudiant-athlète mentionne qu’il n’a pas accepté d’emblée cette suggestion surprenante de se cloîtrer. Une fois en route vers sa retraite fermée, il s’est même posé la question s’il faisait demi-tour ou non.

« C’était complètement hors de ma zone de confort. »

Le jeune homme s’est aussi retrouvé une fois de plus en dehors de ses pantoufles à Kitakyushu (Japon), là où étaient disputés les mondiaux. Ce n’est que trois jours avant le début du concours complet individuel qu’il a su qu’il serait le Canadien inscrit à la compétition. Alors qu’il était un des substituts de l’équipe de l’unifolié, Emard a conclu au huitième échelon, soit le meilleur résultat canadien masculin de l’histoire aux mondiaux.

« Il y a eu beaucoup d’émotions et de stress. Je me préparais tranquillement à faire le concours complet, car je connaissais la condition (physique) de Félix. Sans lui vouloir de mal (à Félix), mon souhait de participer au concours s’est réalisé. Mais entre se préparer et y participer, il y a une différence. Je suis compétitif, je m’en demande beaucoup et juste la pression que je me mettais était énorme. J’étais un peu désagréable à l’entraînement et stressé. »

Comme il le dit, il a su mettre tous ses soucis « dans une boîte » pendant les Championnats du monde, pour ensuite l’ouvrir une fois la compétition terminée.

Un nouveau début

C’est cliché, mais dans son sport comme dans sa vie personnelle, William Emard a vu à quel point il lui fallait maintenir un équilibre. Celui qui a fait ses classes au club Laval Excellence continue à faire un suivi avec une psychologue et s’accorde du temps pour lui et ses amis. Il veut retourner en classe dès cet hiver et poursuit ses démarches avec sa conseillère en orientation afin de l’aider à trouver sa nouvelle voie.

Avant le génie civil, il avait étudié un an en kinésiologie, programme qu’il a arrêté, car il y voyait peu de débouchés professionnels dans ce domaine.

« J’adorais les cours, alors j’ai gardé ça en tête. Si c’est vraiment ça que je veux faire, j’ai vraiment le temps de me caser. Je suis assez inventif et créatif pour me trouver un emploi dans le monde du sport. »

William Emard se dit aussi intéressé par l’architecture qui vient davantage chercher son côté artistique que les études en génie civil. Mais avant de viser une place dans une faculté d’architecture après sa carrière sportive, il continuera probablement son parcours scolaire en gestion et marketing avec une première participation olympique en tête à Paris, en 2024.

Rédaction par Sportcom pour l’Alliance Sport-Études